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Maroc : dessine-moi un vélo

Publié par Michel Coulombe le 15 juillet 2010

La scène se passe quelque part dans l’Atlas. Ou est-ce plutôt l’anti-Atlas? Autant l’avouer, ce jour-là je me souciais bien peu de géographie, Alors disons que, c’était en montagne. Au Maroc. J’étais à vélo. Au bout d’une montée bien musclée, la chaîne de ma bicyclette s’est cassée. Lâchement. Certainement par ma faute. Je me retrouve donc à l’entrée d’un minuscule village, un hameau, en train de contempler mon dérive chaîne, tout penaud, comme s’il s’agissait d’une œuvre abstraite. On peut dire, sans m’offenser, que je ne suis pas très ferré en mécanique. En clair, je n’y comprends rien. Je m’y intéresse encore moins. Appelons ça un défaut.

Deux minutes plus tard, pas davantage, un tout jeune garçon, apparemment sorti de nulle part, s’approche prudemment. Comme je ne mords pas, bien que soucieux, il s’enhardit et baragouine quelques mots de français. À ce moment précis, le temps de quelques secondes, face à cet enfant, j’ai eu l’impression de revivre une scène du Petit prince. D’accord, je suis zéro comme mécano, mais j’ai une imagination très fertile… Voilà que j’étais cet homme venu d’ailleurs qui a un problème mécanique. Lui, l’enfant qui l’observe et qui pose de drôles de questions. En fait, je n’aurais pas été étonné, pas le moins du monde, s’il m’avait demandé de lui dessiner un mouton. Ou encore un vélo. Il n’en a pas eu le temps. Tant mieux, j’ai encore moins de talent pour le dessin que pour la mécanique.

Rapidement, des hommes, jeunes ou vieux, sont apparus, tous bien décidés à me rendre service. En moins de temps qu’il n’en faut à un pro pour remettre en place un rivet, on m’avait pris en charge. L’un s’était emparé de la chaîne. Un autre avait rempli un seau d’une eau savonneuse. Deux autres faisaient l’inventaire des outils que possédait celui-ci ou celui-là. Un homme plus âgé, propriétaire de commerces dans la banlieue parisienne, s’est alors approché de moi et m’a dit, sur un ton rassurant : « Ici, vous êtes en sécurité. »

J’aurais dû m’inquiéter de voir ma chaîne bientôt couverte de savon à lessive. À quoi bon. Au contraire, je l’avoue, j’étais ravi. Tant de sollicitude, on a beau dire, ce n’est pas tous les jours. Dans ce village isolé de tout, j’étais l’attraction du jour. Alors je jouais mon rôle de mon mieux. Avec des sourires, quelques « non, non, non » peu convaincus, et un mot d’arabe ici et là. Avec le sentiment que rien ne pouvait m’arriver. Après tout, j’étais en sécurité. C’est en tout cas ce que ce voyage à vélo m’avait enseigné jusque-là.

Vélo, maroc, agadir

Depuis notre départ d’Agadir, le passage de notre groupe de cyclistes suscitait, principalement en campagne et en montagne, des réactions multiples et enthousiastes. Bonjours polis des hommes, regards discrets des femmes pour qui, parfois, la vue des jambes d’un homme en cuissards semblait constituer un petit événement. Cris, tope-là et requêtes de toutes sortes de la part des enfants. Klaxons amicaux et appels de phares. À l’occasion, même, un numéro de danse. Quelques notes de musique. Et des mots bienveillants : « Courage, mon ami ! » J’en étais là dans ma rêverie quand Robert, qui roulait un peu derrière moi, est apparu et a pris la situation en main. Le dérive chaîne n’avait aucun secret pour lui. Quelques minutes plus tard, je reprenais donc ma route, salué par tout le village. Du moins par sa moitié masculine. Les femmes, j’en suis convaincu, étaient aux fenêtres et n’avaient d’yeux que pour mes jambes. Je l’ai dit, j’ai beaucoup d’imagination…

Le lendemain, lorsque l’animateur d’une émission de radio du Québec m’a demandé de décrire le paysage qui m’entourait, je lui ai répondu, spontanément, que j’avais l’impression de traverser, à la force du mollet, les pages d’un numéro du National Geographic. Un excellent numéro par ailleurs. Mais comment faire partager le vertige que procurent les interminables descentes sur des routes désertes. Comment faire comprendre à quelqu’un qui est confortablement installé dans son studio qu’il y a un plaisir tout particulier pour le cycliste québécois à doubler des ânes chargés du fruit des récoltes. Comment décrire ces chèvres acrobatiques grimpées dans les arganiers, le désordre d’un troupeau de dromadaires insouciant qui traverse la route, l’affolement ridicule d’une bande de moutons coincés entre les voies d’une autoroute. Comment parler de ce que l’on ressent lorsqu’on pédale, vigoureusement ou nonchalamment, entouré d’orangers, de caroubiers, d’oliviers, de palmiers dattiers, de figuiers de Barbarie et de lauriers roses. Il y a de ces expériences que l’on ne comprend vraiment que si on les a vécues.

Après avoir fait ce voyage, je suis retourné quelques fois au Maroc. « Connaissez-vous le Maroc? », me demandait-on régulièrement. Lorsque je répondais que j’avais roulé d’Agadir à Marrakech, acheté des babouches à Tafraoute et passé des heures au souk de la Place Jamaa el Fna, immanquablement on me regardait d’un œil différent. Vous prendrez bien un thé à la menthe?
 



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