Vélo Tout confort

Un odomètre, des éoliennes, un casque

Publié par Michel Coulombe le 9 septembre 2011

Au fond, tout le monde vit la même chose.

Quand on rentre de voyage, que ce soit du Grand Tour ou d’une expédition au Pérou, le rituel est à peu près toujours le même. On défait son bagage. On retrouve son quotidien. Et lorsqu’on vous demande comment c’était, parfois même sans qu’on vous le demande, on parle du temps qu’il a fait et l’on raconte deux ou trois histoires qui résument l’expérience.

En revenant du Grand Tour, en août dernier, j’ai fait comme tout le monde. Lavage. Météo. Anecdotes. Perth. Belleville. Kingston. Mes histoires valent probablement celles des autres cyclistes. Ni meilleures ni pires.

À la première occasion, ce qui ne m’était encore jamais arrivé, je disais un mot de mon odomètre. 701 kilomètres, vous vous rendez compte! Pour franchir la barre symbolique des 700 kilomètres et éviter d’être à jamais hanté par les 685 kilomètres affichés au cadran, il m’avait fallu tourner en rond dans les rues de Brockville comme un gamin qui ne sait trop quoi faire de sa journée. Sachez-le, les bungalows de cette petite ville ontarienne ressemblent à s’y méprendre à ceux que l’on observe à Brossard ou à Terrebonne…

Je mentirais si j’affirmais que je me souviens de tout, ou si j’écrivais que tout était absolument inoubliable. Mais je garde un souvenir agréable d’une poutine au confit de canard dégustée sur une terrasse ombragée et d’un Chardonnay découvert chez le vignoble, dans le comté de Prince Edward. Comme toujours, ce sont les détails qui refont surface plus que le portrait d’ensemble. Les éoliennes de Wolfe Island qui clignotent dans la nuit. Une photo amusante mise sur Facebook pour faire sourire les amis.

L’histoire que je préfère m’a été racontée le dernier soir du Grand Tour. Ceux qui en ont été les témoins la raconteraient mieux que moi. La voici quand même.

C’est l’histoire d’une cycliste torontoise un peu téméraire qui a entrepris son premier Grand Tour avec les moyens du bord. Dans son cas, un vélo hybride alourdi de grosses sacoches. Comme elle est peintre, cette cycliste avait eu l’idée de prendre la route avec son chevalet et tout son matériel. Rien de moins. On voit tout de suite l’effort supplémentaire qu’elle devait fournir pour rouler, chaque jour, une centaine de kilomètres. Les cyclistes « total carbone », ceux dont la trousse d’outils tient dans le creux de la main, s’en sont tout de suite rendus compte.

Certains l’admiraient. D’autres la plaignaient. Quelques-uns ont voulu l’aider.

Ils ont fait circuler le chapeau (probablement un casque) et avec les 200 dollars amassés, ils ont acheté un maillot et un casque. Ce bel élan de solidarité a permis à la néophyte de se débarrasser de son casque de football, infiniment protecteur certes, mais tout de même…

Le Grand Tour, c’est bien des choses. Une moyenne de plus de 30 kilomètres à l’heure qui fait l’envie de tous. 700 kilomètres au compteur. Près de 2000 paires de mollets vigoureux qui moulinent à qui mieux mieux. Des chiffres. Des statistiques. Des balises pour se rassurer.

C’est aussi une cycliste inexpérimentée, émue aux larmes, qui découvre le plaisir de rouler ensemble. Avec. Parmi. Comme.

Cela donne presque envie de se pointer au prochain Grand Tour avec un hybride. Presque. 800 kilomètres, ce serait bien aussi.